En pleine période de reconstruction et de transition politique, la France des années 1960 connaît un durcissement législatif majeur à l’encontre des minorités sexuelles. Le 18 juillet 1960, le Parlement adopte l’amendement porté par le député Paul Mirguet, classant officiellement l’homosexualité parmi les « fléaux sociaux ».

Un arsenal législatif pour renforcer la répression

Vote dans le cadre d’une loi d’habilitation autorisant le gouvernement à lutter contre divers problèmes de santé publique et de mœurs (tels que l’alcoolisme ou la prostitution), cet amendement entraîne des conséquences immédiates et concrètes :

  • Doublement des peines pour outrage public : La peine minimale pour « outrage public à la pudeur » est doublée lorsque l’infraction implique deux personnes du même sexe.
  • Stigmatisation institutionnelle : En assimilant l’homosexualité à une pathologie ou un danger pour la société, l’État valide la marginalisation et la pathologisation des personnes queers.
  • Intensification de la surveillance policière : Cette mesure accroît le harcèlement policier, les rafles dans les lieux de sociabilité et la tenues de fichiers ciblés.

Des milliers de condamnations et un climat de clandestinité

Entre 1960 et son abrogation au début des années 1980, cet arsenal juridique a conduit à la condamnation de plus de 10 000 personnes en France. Au-delà des sanctions pénales, l’amendement Mirguet a entretenu un climat de peur et de honte, contraignant toute une génération à la clandestinité ou à l’exil social.

Il aura fallu attendre 1980 pour que l’amendement Mirguet soit supprimé, puis 1982 pour que la dépénalisation totale et l’égalisation des majorités sexuelles soient acquises sous l’impulsion de la ministre de la Justice Gisèle Halimi.

Transmettre l’histoire des répressions pour protéger nos acquis

Pour l’association Des Racines & des Queers, le souvenir de l’année 1960 rappelle que l’histoire des droits LGBTQIA+ n’est pas un long fleuve tranquille. Comprendre les mécanismes de la répression d’État permet de maintenir une vigilance active et de mesurer le chemin parcouru grâce aux luttes militantes.


L’équipe Des Racines & des Queers