« Are you a friend of Dorothy? » (« Es-tu un ami de Dorothy ? »). Pendant des décennies, cette formule anodine a servi de code secret à travers le monde anglophone pour permettre aux hommes gays et aux personnes queer de se reconnaître en toute sécurité, à une époque où l’homosexualité était criminalisée et sévèrement réprimée.
Derrière ce mot de passe historique se cache le personnage de Dorothy Gale, interprété par Judy Garland dans Le Magicien d’Oz (1939), ainsi que son célèbre hymne « Somewhere Over the Rainbow ».
Un code de ralliement dans la clandestinité
Dans le film de 1939, la jeune Dorothy accueille sans jugement des compagnons de route hors normes et marginalisés : un Épouvantail sans cerveau, un Bûcheron en fer-blanc sans cœur et un Lion poltron en quête de courage. Cette capacité à intégrer les personnes différentes a immédiatement résonné auprès des communautés queer du milieu du XXᵉ siècle.
Se dire « ami de Dorothy » offrait un moyen d’auto-identification subtil :
- Un camouflage social : L’expression permettait d’évaluer la bienveillance d’un interlocuteur dans les bars, l’armée ou l’espace public sans prendre le risque d’une révélation explicite.
- Une anecdote historique mémorable : Dans les années 1980, le Naval Investigative Service (NIS) américain, cherchant à démanteler des réseaux d’homosexuels dans la marine, a mené une enquête pour retrouver la véritable « Dorothy », ignorant qu’il s’agissait d’une référence culturelle à Judy Garland.
« Somewhere Over the Rainbow » : la promesse d’un monde meilleur
Chantée par Judy Garland au début du film, la ballade « Somewhere Over the Rainbow » dépasse rapidement le simple cadre du cinéma pour devenir une chanson refuge. Pour des générations de personnes LGBTQIA+ contraintes au secret, l’idée d’un pays situé « quelque part au-delà de l’arc-en-ciel », où les rêves deviennent réalité et où l’on peut vivre librement, est devenue une métaphore d’émancipation.
Cette symbolique s’est renforcée au fil du temps :
- L’icône Judy Garland : L’actrice et chanteuse est devenue une figure tutélaire pour la communauté, incarnant à la fois la vulnérabilité, le camp et la résilience face à l’adversité.
- Du refrain au drapeau : L’imagerie de l’arc-en-ciel associée à la chanson a directement inspiré les symboles visuels du mouvement, préfigurant la création du Rainbow Flag par Gilbert Baker en 1978.
De la pop culture au patrimoine queer : l’héritage de Music Queens
La culture populaire a toujours été pétrie de références et de sous-textes qui ont permis aux communautés minorisées de s’affirmer et de se rendre visibles. Électrisante suite de la série d’animation Music Queens, la relecture de ces vingt tubes arc-en-ciel démontre à quel point la musique a façonné notre mémoire collective et nos représentations.
Redécouvrir l’histoire de « Somewhere Over the Rainbow », c’est comprendre comment une simple chanson de variété peut devenir le socle d’une culture de résistance et de solidarité.
Conserver et transmettre nos symboles avec Des Racines & des Queers
Pour l’association Des Racines & des Queers, l’histoire des luttes LGBTQIA+ s’écrit autant dans les événements politiques que dans les productions culturelles. Décoder les symboles, les codes secrets et les références artistiques qui ont protégé et relié nos aîné·es constitue un volet essentiel de notre travail de mémoire.
